samedi 15 février 2014

Soit deux points A et B à égale distance l'un de l'autre : comment faire pour déplacer B sans que A s'en aperçoive? (Jean Tardieu, Le Professeur Froeppel)




Que peut faire un ministre de l'Education Nationale lorsque, surpris par un mouvement de grande ampleur qu'il n'avait pas anticipé, il est forcé de reculer en rase campagne? Il pensait pourtant avoir sécurisé le terrain de septembre à décembre dernier, en se conciliant les syndicats et surtout le SNES FSU, qu'il craignait comme la peste. Pourtant, lorsqu'il a proposé l'abolition du décret de 1950 qui régit le statut des enseignants, et surtout la baisse de la rémunération des professeurs de classes préparatoires, il s'est aperçu -un peu tard- que ces derniers formaient des bataillons autonomes par rapport aux syndicats, et qu'ils avaient leurs propres moyens de mobilisation extrêmement efficaces, parce qu'ils reposent sur la souplesse du réseau et non sur les structures pyramidales que représentent ces syndicats.
Comment faire pour passer en force sans que cela ne se voie trop? 
C'est tout simple : il suffit de convoquer une poignée de syndicats, SNES en première ligne. Celui-ci ne représente qu'une très faible part des professeurs du secteur public, mais contrairement au SNALC qui en a été exclu par sa faible audience aux élections professionnelles de 2011, le SNES est majoritaire dans l'instance paritaire du CTM, Comité Technique Ministériel, ce qui lui confère une position incontournable dans les CAPN, commissions paritaires qui gèrent les carrières des enseignants, et dans la cogestion de l'Education Nationale. 


Ensuite, il faut négocier discrètement les termes de la proposition qui a provoqué deux mois auparavant une juste colère des professeurs de classes préparatoires. On touille quelques jours, et on claironne un "accord historique", tout droit sorti du chapeau du magicien Peillon. On ajoute des conclusions absolument dépourvues d'analyse dans la plupart des médias, alors que le ministre, obsédé par la dead line des élections et par sa popularité en berne, bâcle la dernière réforme en date et hâte la destruction d'un service public devenu si peu attractif que le recrutement des professeurs n'est plus assuré dans des disciplines capitales comme les mathématiques ou la physique. On saupoudre d'une certaine indifférence de l'opinion, naturelle puisque personne n'y comprend goutte.
Une lueur d'espoir toutefois : certains membres du SNES plus lucides que d'autres ont désavoué leur propre direction, dont on peut dire sans exagérer qu'elle a trahi ses adhérents. Cet épisode montre qu'il est urgent de trouver de nouvelles formes de représentation, et que les professeurs ne sauraient plus se contenter de ces médiocres avatars du syndicalisme des lendemains de la Seconde Guerre Mondiale. 






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